Mirentxu Aramendi, travailleuse de la Polyclinique : "C’est une lutte importante à plusieurs niveaux"

2025-07-08  

Mirentxu Aramendi, travailleuse de la Polyclinique et membre de LAB. Face à la situation d'urgence, les salarié·es de la Polyclinique ont mené un mouvement de grève. Voici son témoignage et son analyse.

irudia

Pourquoi as tu fait grève en tant que travailleuse de la Polyclinique ?
Le 25 juin 2025, les salarié·es de la Polyclinique apprenaient par la presse qu’un courrier avait été envoyé la semaine précédente (le 18) à l’ARS. Il y était question de ne pas renouveler la demande d’autorisation d’ouverture des urgences. Le maire de Donibane Lohitzune invitait à un rassemblement des habitant·es pour protester, le député Peio Dufau interpellait le ministre de la Santé à l’Assemblée nationale française le même jour. Le climat était déjà tendu dans les services et cette fermeture annoncée et apprise via les médias a été un détonateur dans l’ensemble des services.

Quel est le contexte ?
Cela fait plusieurs années que les conditions de travail se dégradent selon les soignant·es. La période post Covid a pu engendrer une diminution des vocations mais à mon sens nous ne fournissons pas des conditions optimales pour garder les salarié·es.
En septembre 2023, l’équipe soignante alertait déjà l’ensemble des praticien·nes de la précarité des contrats proposés au personnel, des changements de planning à la semaine, de la diminution du nombre de lits ouverts pour économiser du personnel.

Dans cette lignée, les décisions ont ensuite porté sur le service des urgences avec la diminution du nombre d’urgentistes de 2 à 1 en journée. Cela aurait été motivé par une diminution du nombre de passages dans ce service. 

Lorsque ce chiffre nous avait été présenté, il n’avait pas été interprété dans le contexte que nous connaissions. Les services d’hospitalisation étaient certains jours complets (lits fermés par manque de personnel), les lits aux urgences saturés avec un établissement alors déclaré « en tension » et donc fatalement une réorientation des patients directement vers Baiona. Il y a également eu une perte dans les spécialités proposées dans nos murs.

Il faut savoir que les médecins urgentistes, contrairement aux autres spécialistes, sont salarié·es de la polyclinique. Suite à cette décision arbitraire, 13 des 14 médecins urgentistes ont quitté la Polyclinique. Certain·es étaient fondateur·trices de ce service. J’ai pu lire dans les réponses du PDG dans la presse que leurs départs étaient causés par de nouveaux projets. Je n’ai pas le même avis, c’est la situation qui a engendré la nécessité de rebondir ailleurs pour celles et ceux qui ont eu la force de le faire. Certains ont été profondément affectés, psychologiquement et professionnellement.

 

Qu’est-ce qu’il s’y joue ?
Les finances évidemment. 
Il reste à savoir si c’est l’équilibre financier qui est recherché ou une hypothétique vente par un actionnaire majoritaire. On peut facilement penser que diminuer les effectifs et réduire ou fermer les services déficitaires serait le combo parfait pour faire croître le cours des actions.
Tous les actionnaires ne partagent pas cette vision stratégique de la direction de l’établissement. Certain·es n’ont pas oublié les valeurs qui les ont poussés à être médecin. Le patient reste au centre des préoccupations pour ces derniers.
 

Pourquoi il s’agit d’une lutte importante pour les travailleur·euses et le territoire ? 
C’est une lutte importante à plusieurs niveaux : pour la population vivant dans les alentours en priorité, pour celle vivant plus loin mais qui aura ses services habituels saturés, et enfin pour le maintien général de la clinique.

Le bassin de population localement, avec la hausse de fréquentation en périodes touristiques et un vieillissement notable hors saison, nécessite un service d’urgence capable d’agir rapidement. Une prise en charge immédiate peut être salutaire dans bien des cas. Le report vers Baiona n’est pas souhaitable tant par le temps perdu que par l’incapacité des autres structures à absorber ce flux supplémentaire.

Le service des urgences est une porte d’entrée de l’établissement. Il nourrit les lits d’hospitalisation, de gériatrie, du bloc, les suivis en consultations par les différents spécialistes. On le voit déjà avec l’ouverture intermittente des urgences, les habitantes et habitants ne savent plus s’ils peuvent venir, les services se vident.

Il faudra également veiller à conserver des services d’hospitalisation, avec des lits ouverts en nombre, avec diverses spécialités prêtes à s’occuper du suivi des malades. Cela est garant d’un bon fonctionnement.

 

Comment s’organise la lutte ?
Tous les services ont répondu présents pour s’unir. Une grève de ce type est très rare dans les établissements de soins. C’est historique.

L’arrêt des 2 blocs opératoires (général et ophtalmo) est crucial.

Les salarié·es se retrouvaient devant l’établissement, cela a permis de sortir le nez de son service et de rediscuter ensemble. La pression subie au bloc ophtalmo a été mise à jour, elle est inacceptable. Tou·tes les salarié·es se sont montrés prêts à soutenir ce service pour que cela n’arrive plus.

 

Quelle est l’attitude de la direction ?
En préambule il est bon de dissocier le directeur, des cadres. Si le directeur a des idées similaires au PDG (et à une partie du conseil d’administration), une vision managériale plus tournée vers la rentabilité et qui semble parfois l’emporter sur les besoins des patient·es et soignant·es, certain·es cadres ont conservé des valeurs différentes.

En début d’année, un nouveau cadre a été recruté jusqu’à septembre pour être directeur des soins infirmiers. Les premières semaines de son arrivée, plusieurs membres de l’équipe ont ressenti une montée des tensions liées à la multiplication des observations disciplinaires, parfois jugées disproportionnées. L’une d’elle a d’ailleurs été retirée. Les faits reprochés ne me semblaient pas être les problèmes prioritaires mais cela a engendré un climat anxiogène. Là aussi nous avons contesté.

La direction est passée dans les services au lendemain des articles de presse mais le mal était fait et les réponses insuffisantes.

Lors de la grève les cadres nous ont remplacés au chevet des malades, le directeur est sorti nous souhaiter bon courage…

 

Quelles sont les prochaines étapes ?
L’ARS a communiqué dans la presse le 4 juillet. Elle recevra notre PDG pour lui demander de déposer un dossier de renouvellement de son autorisation de médecine d’urgence avant le 15 septembre. Toutes les mesures coercitives pouvant être mises en œuvre lui seront présentées afin qu’il s’inscrive dans les orientations ministérielles. Le ministre a d’ailleurs annoncé qu’il pourrait se déplacer si nécessaire. 

Nous avons donc arrêté la grève pour laisser la situation évoluer dans les prochaines semaines. Que ce soit pour nos conditions de travail ou pour le service des urgences. Nous attendons, après les promesses, des actions concrètes. Si cela n’était pas le cas la mobilisation pourrait reprendre. Pour rappel, la prochaine accréditation de la Polyclinique est début septembre.

 

Pourquoi continuer de travailler à la Polyclinique ?
Je reste car cela est encore un excellent établissement. 

J’ai la chance de travailler avec du personnel médical et paramédical avec des qualités professionnelles et des valeurs humaines de grande qualité. Malheureusement nous n’avons pas su en garder une partie. 

Nous alertons et nous nous battons aujourd’hui pour préserver ces prises en charges optimales des patients. La dégradation de nos conditions de travail n’a pas eu d’impact sur la satisfaction des patients à ce jour.

Je reste et je me bats car j’ai l’espoir que tout ce qui fait / a fait la qualité de cette clinique ne soit pas intégralement détruit. 

Il est plus que jamais important de nous organiser collectivement pour gagner les combats à venir.

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Gure ahotsak batu ditzagun gure lanbideen alde!