POUR LA SANTÉ : MOINS DE BRAVOS PLUS D’EUROS

2020-04-14  

La crise liée au Coronavirus est loin d’être derrière nous. Si l’heure n’est pas encore au bilan, le groupe LAB Hôpital fait part de son analyse et de ses réflexions près de quatre mois après le début de cette pandémie mondiale.

irudia

La crise liée au Coronavirus est loin d’être derrière nous. Si l’heure n’est pas encore au bilan, le groupe LAB Hôpital fait part de son analyse et de ses réflexions près de quatre mois après le début de cette pandémie mondiale. Il est évident qu’à l’issue de cette crise, ou de ce choc, nous ne devrons surtout pas chercher à retrouver l’état antérieur. La situation politique, économique, sociale, morale, écologique exige des changements importants que le syndicat LAB défend depuis sa création.

Choc stratégique

L’État français s’est débarrassé de ses stocks de masques et autres matériels de protection ces dernières années, tant il était convaincu que la menace serait ailleurs (guerre, conflit économique, crise financière,...). La conséquence en est la décision de ne pas faire de tests de masse, l’exposition au risque de contagion pour de nombreux professionnels de la santé et pour beaucoup de travailleurs dont l’activité doit absolument continuer. Les mesures de protections ne sont pas à la hauteur et le minima n’est pas toujours respecté dans les entreprises. Les travailleurs et les travailleuses courent un réel danger.

Ouvrons les yeux ! Plusieurs décennies que les gouvernements successifs voient en la mondialisation le progrès ultime. Aujourd’hui, en pleine crise les dirigeants appellent les uns après les autres à relocaliser et la solidarité. Un comble ! Oui, leur mondialisation est un fléau et nous dirige à notre perte. Nous n’avons pas attendu cette crise pour le crier haut et fort : relocalisons l’économie et organisons la solidarité internationale. Comment ne pas saluer le renfort des médecins cubains.

Au Centre hospitalier de la côte basque (CHCB), la Direction a d’abord fait le choix de maintenir en poste tous les professionnels. Dans les unités au ralenti ou fermées, une partie des agents a été déplacée et positionnée en renfort ailleurs, à l’encontre de l’objectif du confinement. Nous déplorons cette mesure qui a fait prendre des risques à un grand nombre de professionnels. Particulièrement exposés, les couples de soignants avec enfants. Il nous aurait paru plus utile d’en laisser un certain nombre en Asa (Autorisation spéciale d’absence). Ils auraient pu intervenir plus tard, autour du pic de l’épidémie et quand les premiers agents malades feront défaut.

Choc de valeurs

Ce qui frappe immédiatement, c’est de constater que la Santé Publique de la 6e puissance mondiale soit aussi rapidement débordée, incapable d’anticiper les situations et de s’y adapter. Nous ne pouvons que déplorer que les élites nationales dirigeants aient longtemps sous estimé la gravité du phénomène ; se soient moqués des Etats qui exprimaient leurs craintes ; aient surévalué leurs compétences ; aient montré suffisance, arrogance, orgueil, égoïsme, vanité. Sans aucune stratégie élaborée, le gouvernement français montre un amateurisme incroyable. Il gouverne à l’aveugle, change de discours en permanence, communique de manière floue et angoissante.

Toute proportion gardée certes mais les agents constatent que la direction du CHCB a adopté la même stratégie défaillante. Elle a le savoir et sa pensée est trop complexe pour nous être expliquée, et nous, en bas de la pyramide, sommes par nature inintelligents, indolents et fraudeurs. Depuis le début du confinement, des milliers d’habitants des grandes villes ont égoïstement exporté le virus vers leurs résidences secondaires, les constats de non respect du confinement se sont multipliés, les violations des droits fondamentaux banalisés, les violences faites aux femmes et aux enfants augmentent dramatiquement.

Choc de confiance

Les chiffres annoncés par les autorités françaises sont extrêmement inférieurs à la réalité. Seuls les patients malades hospitalisés pour Covid-19 sont testés. La plupart des personnes atteintes restent asymptomatiques. On peut donc certainement multiplier les chiffres par 2, 3 voire 10. À ce jour, seules les personnes décédées à l’hôpital sont comptabilisées. Les décès en Ehpad et à domicile ne sont pas pris en compte dans les chiffres officiels. Pour l’instant, il semble que la Direction du CHCB communique les chiffres des personnes atteintes, malades et décédées avec transparence.

Choc économique

Le capitalisme triomphant n’a plus de contre pouvoir depuis les années 90. L’Europe est dirigée par la défense des intérêts des multinationales. Depuis 40 ans, les gouvernements successifs n’ont cessé de détruire méticuleusement les services publics. En temps d’opulence, les gouvernements privatisent les secteurs rentables pour qu’une minorité s’enrichisse au détriment d’une partie croissante de la population paupérisée. Ils considèrent la Santé comme un pan classique de l’économie. Et à la veille d’une crise économique annoncée, les mêmes voudraient nationaliser les grandes entreprises en difficulté. L’impôt donc le contribuable renflouerait leurs dettes. Inacceptable.

Quand tout va bien, on privatise les profits, et quand tout va mal, on mutualise les pertes ! L’hôpital ne doit pas être traité comme une start-up qui devrait être rentable et dégager des bénéfices. Nous devons sanctuariser la santé et l’exclure des lois du marché. La Direction du CHCB applique rigoureusement cette politique économique à la santé sous la tutelle de l’ARS : production, rentabilité, pertes, profits, budget, sont les maîtres mots de l’Hôpital version 2020. LAB ne cesse de le répéter : le service public n’est pas une marchandise !

Choc sanitaire

Des choix stratégiques ont été réalisés ces dernières décennies par les Gouvernements français. Ceux d’investir massivement dans le traitement du cancer et des maladies neurodégénératives. À Bayonne, priorité à l’oncologie, la chirurgie et à la recherche permanente des activités de soins qui rapportent. Or, depuis un an, les urgences sont en grève pour réclamer des conditions de travail et d’accueil dignes. Moyens et personnels sont insuffisants, les locaux, eux, sont totalement inadaptés. Avant même le pic de l’épidémie, nous ne parvenions pas à traiter le flux des urgences. La gériatrie et la psychiatrie sont exsangues.

Le jour où il doit recevoir des patients de réanimations venus d’autres régions, le CHCB fait un appel aux dons de matériel sur internet. Il manque tout le matériel de base nécessaire pour le traitement des patients Covid19. Les médecins fuient vers le privé, les paramédicaux quittent l’hôpital. Sous payés, épuisés, désabusés, se sentant souvent méprisés, les soignants n’en pouvaient déjà plus depuis longtemps. L’État français est au 26ème rang de l’OCDE pour la rémunération de ses infirmiers ! Il faut un plan d’embauche massif et une revalorisation générale des salaires d’environ 15% pour rattraper le retard. Moins de bravos, plus d'euros pour la santé !

Crise technologique

L’isolement imposé et le développement du télétravail mettent en lumière le retard technologique ahurissant du CHCB : nous sommes incapables de pratiquer la télémédecine. Le matériel est obsolète ou absent, les technologies inadaptées, les réseaux instables, les avaries fréquentes...

Choc politique

Le libéralisme financier et le capitalisme portent en eux une grande part de responsabilité des graves conséquences humaines de l’épidémie de coronavirus. Égoïsme, intérêt individuel supérieur à intérêt collectif, nécessité de croissance, visions à court terme, recherche immédiate du profit... Sortis du chapeau des capitalistes, Macron promet la distribution de milliards pour surmonter cette crise. Or les soignants sont en grève depuis un an pour réclamer des moyens financiers et humains en défense de l’hôpital public et pour maintenir l’accès aux soins pour tous. Leurs luttes ont été réprimées par la force, méprisées par les politiques etc … Et maintenant de l’argent leur est promis et ils sont glorifiés par les mêmes qui les ont ignorés jusqu’alors.

Nous devons exiger que les revendications de tous les soignants aboutissent et que ces moyens financiers soient réellement versés aux hôpitaux. La vie et l’Humain doivent redevenir prioritaires sur l’argent et la possession individuelle : la vie versus le capital. Au CHCB, nous nous organisons pour que les personnes soignées comme soignants soient au cœur des préoccupations. LAB s’interroge sur le fait que la crise du coronavirus sert de prétexte à répondre à des manques et dysfonctionnements existant depuis des mois voire des années notamment sur les pôles de gériatrie et psychiatrie.

Ces derniers jours et après un lent travail de sape de près de 40 ans, le gouvernement actuel a passé des ordonnances qui accélèrent la destruction du code du travail : fin des 35 heures actée et semaine de travail pouvant atteindre 60 heures, possibilité pour l’employeur d’imposer la date des congés au gré de baisses d’activités, flexibilité poussée à l’extrême.

Choc social

L’épisode actuel fait exploser les inégalités croissantes depuis des années. Une importante partie de la population sera touchée très violemment par les conséquences de l’épidémie. Chômage, pauvreté, exclusion. Les réfugiés, les SDF, les personnes âgées isolées, les détenus, les malades mentaux sont encore plus sévèrement frappés par l’épidémie.

On constate aussi un fossé entre les populations rurales et urbaines. Des solutions de transport sont proposées aux soignants.... sur l’agglomération bayonnaise. Les agents aux salaires les plus bas sont souvent ceux qui habitent le plus loin de l’hôpital et qui ont les plus bas salaires. Pour quand des transports en communs internes au CHCB, après le confinement ?

Choc écologique

La paralysie des transports à l’échelle de la planète a eu des conséquences immédiates. Le taux de pollution diminue. La consommation est en baisse. Proposons une décroissance immédiate et recentrons-nous sur l’essentiel. Nous en faisons ou refaisons l’expérience ces derniers jours. Ce que le bon sens n’avait pas permis d’obtenir de l’ensemble des acteurs économiques, des entreprises et des particuliers, le coronavirus l’a atteint en quelques semaines. C’est donc bien possible, contrairement à ce qu’affirment les partisans d’une économie dérégulée.

Tirons-en des enseignements en urgence. Dans son discours du 17 mars, Emmanuel Macron a martelé que nous sommes en guerre. Nous ne sommes pas en guerre. Nous ne sommes pas des soldats et ne voulons pas le devenir. Nous sommes en lutte. En lutte contre le capitalisme et son monde !

 

* Signataires : Frantxua Urdampilleta, Elisabeth Charriau, Xan Brialy, Simone Suquia, Michaelle de la Iglesia, Argitxu Dufau.

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